Livraisons à chien

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Les attelages canins sont très anciens, ils apparaissent en même temps probablement que ceux des chevaux.

Des voiturettes attelées à des chiens transportant du gibier sont représentées sur des tapisseries du XVI ème siècle.

En 1608, le dauphin, futur Louis XIII, circulait dans la grande galerie du Louvre aux guides d’un petit carrosse tiré par deux dogues : Lion et Pataud.

Plus tard, en 1814, l’Aiglon, futur duc de Reichstadt, fils de Napoléon 1er, mènera un superbe phaéton tiré par des chiens (mais aussi des moutons).

Au XVIII ème siècle, les premiers règlements de police interdisent à Versailles l’utilisation des voitures à chiens. A Paris il s’agit surtout des dangers de morsures pour les passants, des embarras de la voie publique ou des « excès de vitesse ».

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Jacques Delmas de Grammont  général et député  fait voter par l’Assemblée nationale législative, le 2 juillet 1850, une loi dite loi Grammont :

« Seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques. »

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Caricature du général Delmas de Grammont par Quillenbois (La Mode, 1850)

La loi, composée d’un seul article eut bien du mal à être appliquée malgré le zèle de quelques préfets, les nombreuses ordonnances, décrets et contraventions visant les attelages de chiens, ceux-ci continuèrent à circuler dans nos campagnes pendant de longues années .

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Attelages de chiens en livraison boulangère, nous remarquons dans la main gauche  du jeune homme les “tailles” servant à marquer les pains livres à la clientèle.

En 1889, l’écrivain belge, Francis Nautet,  part de Bruxelles pour se rendre à l’Exposition Universelle de Paris. Son moyen de locomotion une charrette attelée de deux chiens, temps du voyage: 7 jours. Un maire d’un des villes traversée lui fit des ennuis évoquant la loi Grammont. Notre voyageur ne se découragea pas, il mit ses chiens dans la charrette et tira la voiture jusqu’à ce qu’il soit sortit de la ville.

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On estimait qu’un chien pouvait effectuer le dixième du travail que pouvait fournir un cheval de trait et qu’il pouvait tirer selon sa taille, de 60 à 100 kg à une vitesse de 8 km/heure, avec deux chiens on peut multiplier la charge par trois. Mode de transport peu couteux, le chien était souvent, « le cheval du pauvre. »

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Les attelages de chiens étaient surtout utilisés dans les régions peu vallonnées du Nord, de l’Orléanais, en Bretagne, en Normandie et dans le Berry. Hors de nos frontières c’est en Belgique où en 1920 on dénombre plus de 15000 chiens attelés, Hollande, Allemagne, mais aussi en Suisse que se développe ce mode de traction.

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Mitrailleuse de l’armée Belge tirée par un attelage de chien en 1912.

Au XIXème siècle, l’invention de la photographie viendra fournir une très riche documentation sur le sujet, avec la publication de nombreuses cartes postales, plus de 1300 serait répertoriées pour le seul département du Loiret qui est l’un des départements français où l’on dénombre le plus grand nombres d’attelages de chiens. En 1925, lors d’un recensement effectué par la préfecture, on en dénombrait encore 1322.

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Parmi les utilisations les plus nombreuses nous trouvons, à la première place arrive le transport du lait, livré à domicile ou aux fabriques de fromage, puis les utilisateurs suivants sont les boulangers, les maraîchers et les vendeurs de 4 saisons, les mareyeurs avec poissons et coquillage.

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Carte postale très connu dans le milieu Compagnonnique de la boulangerie pâtisserie des années 1980, en effet, elle faisait partie des nombreux collages de nouvel-an, ou autres courriers d’amitiés, réalisés par Gaston DUHAMEAU, Blois l’ami des Compagnons (Thème d’un futur article)

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“En Sologne, attelage du chien, le boulanger »

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Ce mode de transport persista dans diverses régions, en Sologne en particulier, jusque sous l’occupation où les moyens de locomotions se font rares.

L’amélioration générale du niveau de vie en France auront raison de cette pratique et feront disparaître l’usage d’atteler les chiens. Dans les années 50, le « cheval du pauvre » aura complètement disparu de notre paysage.

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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