Le ticket de pain 1940-1949

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Ouest-Eclair du 27 octobre 1940

Au début de l’année 1940, l’occupation allemande entraine la fin des échanges commerciaux. La France connait alors une période de pénurie. Des limitations sur les produits de consommation sont mises en place.

Le dimanche 10 mars 1940, un décret et un arrête interministériel paraissent au journal Officiel, fixant la date du recensement et les conditions d’établissement des cartes de rationnement (pain, viandes, graisse, etc.)  impliquant que chaque personne doit remplir une déclaration le 3 avril au plus tard afin d’être classe dans une des catégories prévue pour l’alimentation et le charbon. Le même mois, des décrets imposent la fermeture des pâtisseries et l’interdiction de la vente d’alcool.

Les cartes/tickets de pain ne sont pas une nouveauté pour les  Français lors de ce début d’occupation allemande en 1940. En effet, ce système de régulation des consommations a déjà été mis en place lors de la guerre 14/18.

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Carte de pain en service lors de la première guerre mondiale, 100gr de pain par jour…

Cette carte a pour but de limiter l’achat des produits disponibles, mais elle  n’exonère pas le client de payer les produits acheter. Le ticket de pain donne uniquement le droit d’achat d’une quantité détermine par la loi.

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Les premières cartes de rationnements sont distribuées des octobre 1940 pour les produits de première nécessité : pain, viande, pâtes, sucre. 40 millions de civils français dont le plus connu, le maréchal Philippe Pétain à la carte n° 50 084 T, sont partagée  en sept catégories.

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Remise des cartes de pain dans une mairie (Paris en image)

A chacune correspond une carte spécifique (Arrêtée du 20 octobre 1940, publie au J.O du 23  octobre) :

Catégorie E : Enfants des deux sexes  âges de moins de trois ans.

Catégorie J1 : Enfants des deux sexes âges de trois a 6 ans révolus.

Catégorie J2 : Enfants des deux sexes âges de  6 a 12 ans révolus.

Catégorie A : Consommateurs de 12 a 70 ans  ne se livrant pas à des travaux de force.

Catégorie T : Consommateurs de 14 à 70 ans se livrant a des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire.

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Carte catégorie E : Enfants des deux sexes âges de moins de trois ans.

Un arrêté du 11 décembre 1940 (J.O. du 12 décembre, page  6103) fixe les travaux, professions, emplois et situations spéciales dont les consommateurs peuvent se prévaloir pour être classe en catégorie T.

Catégorie C : Consommateurs de 12 ans et sans limite d’âge se livrant personnellement aux travaux agricoles.

Catégorie V : Consommateurs de plus de 70 ans dont les occupations ne peuvent autoriser un classement en catégorie C.

Plusieurs changements interviendront ultérieurement dont la création de la catégorie J3:

Catégorie J3 : les jeunes de 13 a 21 ans ainsi que les femmes enceintes.

Selon les catégories ci-dessus, les rations journalières oscillaient entre 100 et 350 grammes par jour pour le pain ; de 180 grammes par semaine pour la viande; de 500 grammes de sucre par mois. Le lait était Reserve aux catégories E, J et V. Le vin était réservé à la catégorie T, etc.

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« Le pain que nous mangeons en avril 1942 » Deux tranches de pain noir qu’une mère de famille de Nantes a mis de côté. Ces deux tranches pèsent 50 grammes. (Musée Château des Ducs de Bretagne Nantes)

Exprime en rations journalières individuelles, on a en moyenne : 250 grammes de pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse et 6 grammes de fromage. En ce qui concerne le pain, la ration journalière descendra à 275 grammes jour en 1942. Ce pain était constitue de farines de mais, fève, seigle ou orge auquel on ajoutait des brisures de riz.

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Article publié le 30 janvier 1943

Les carnets de tickets avaient une validité de six mois ; Ils devaient obligatoirement porter le tampon de la ville du domicile, ainsi que le cachet de l’épicier attitre. Les commerçants devaient, chaque mois faire l’inventaire des tickets reçus de leurs clients pour pouvoir se réapprovisionner auprès de leurs fournisseurs. La perte des tickets par une mère de famille représente, dans les foyers modestes, un véritable drame.

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“Plus de pain, manque de farine, pas de combustible”

Bien souvent aussi par manque de farine et de combustible, surtout lors de la periode 1943 1944, la fabrication est impossible, ce qui rend la carte de pain inutile. Dans ces cas, il fallait se débrouiller pour survivre….c’est le « système D » système « demerde », on cultiva a domicile tout ce qui est possible, dans des bacs sur les balcons, dans les cours, rebords des fenêtres etc.…

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De telles conditions ne pouvaient que favoriser le marché noir et nombreux furent ceux qui profitèrent de cette période pour gagner de l’argent, ce fut le cas de certains boulangers du centre de Paris…d’autres firent aussi de l’argent en fournissant les officiers allemands  de la Wehrmacht, de la SS ou encore de la gestapo allemande et française, comme nous le rapporte Jean-François Dominique dans son ouvrage: ” L’affaire Petiot” ; Paris, Editions Ramsay, 1980, à propos d’Henri Lafont *, chef de la gestapo française installe à Paris au 93 rue Lauriston :

“…Il a une fierté, un bonheur: ses fameux diners du vendredi. Le Tout-Paris mondain accumule les bassesses pour y être invite. La chaire y est toujours succulente en ces temps de disette : caviar, saumon, volailles fines, viandes de choix, fromage affines sont servis a profusion. Les vins millesimés les plus rares coulent a flots. Le pain est blanc, plus blanc que n’en n’a jamais mange aucun parisien en aucun temps : le maitre des lieux réquisitionne du blé a la campagne, le fit moudre et se fait fabriquer des baguettes par un boulanger du quartier. Celui ci eu les pires ennuis a la libération. Accuse de collaboration : ”Si je n’avais pas obéi, j’aurais été fusille!” proteste t-il avec raison. Finalement il s’en est tire avec une énorme amende pour profits illicites…”.  Dans la majorité des cas, il s’est toujours révèle que les boulangers inquiétés ne faisaient que leur métier.

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Libération de Paris 19-25 aout 1944, près d’une barricade, la queue devant une boulangerie, rue des Archives.

(Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris, Musée Jean Moulin)

Jusqu’à la fin de l’année 1943, les pauvres gens de la capital  voient leurs repas améliorés grâce aux colis envoyés par les famille en province, mais, en 1944, les communications entre la province  et Paris deviennent de plus en plus difficiles, ce qui a pour effet de raréfier l’arrivée des colis.

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C’est  en 1944, période difficile, que le commerce clandestin des cartes de pain se développe considérablement. On distinguait deux sortes de cartes, les fausses, qui avaient été imprimées dans quelques ateliers clandestins et dont le prix ne dépassait pas 150 francs, car elles étaient fréquemment refusées par les boulangers, et les « volées », dont l’authenticité n’était point contestable, puisqu’elles avaient été dérobées aux services du ravitaillement. Celles-ci montèrent jusqu’à 400 francs, mais leur prix moyen fut de 300 francs.

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Ce n’est que le 30 novembre 1949 que le haut commissariat au ravitaillement supprime les tickets de rationnement.

Henri Lafont, de son vrai nom Henri Louis Chamberlin, suite à son procès, est fusillé au Fort de Montrouge à Arcueil le 26 décembre 1944, par l’armée française.

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

Commentaires concernant : "Le ticket de pain 1940-1949" (1)

  1. Le Marec (Bernard) a écrit:

    Auteur d’un livre illustré sur le rationnement (La France rationnée 2012 Do Bentzinger Colmar) ,j’aimerais entrer en rapport avec vous à propos du tract qui termine votre article qui concerne à l’évidence la manifestation étudiante de Lyon lors de la tentative de la suppression en novembre 1945 (les tickets ont recommencé le 1er janvier 1946).
    Bravo pour ce bel article .
    Merci d’avance.

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