« Le pain dans la grande guerre » (23)

PRISONNIERS FRANÇAIS…

À partir du 6 novembre 1914, l’Allemagne est soumise au blocus économique. L’administration militaire allemande éprouve alors beaucoup de difficultés à nourrir ses troupes qui sont prioritaires, et c’est ce qui explique en partie l’état catastrophique du ravitaillement des prisonniers français et alliés dans les camps.

Prisonniers français en Allemagne

Prisonniers français au Camp de Holzminder posants dans l’entrepôt de pain reçu de Suisse.

Au camp de Gardenlagen trois « repas » y sont donnés par jour : au réveil, café de glands ; à midi et le soir, soupe de farine d’os ou de marrons d’Inde, agrémentée de quelques rutabagas et autres éléments non identifiables, ainsi qu’un morceau de pain KK dont la composition est douteuse : farine de pomme de terre, sciure ou sang de bœuf.

Le prisonnier français coupant le pain reçu, sous l’oeil envieux du son geôlier allemand

 

L’Œuvre du Pain des Prisonniers de Guerre, fondée par Mme SERRE-GERAUDEL à  Genève

« Les chefs de section touchent les pains et vont les distribuer, opération  importante! Le pain est, dans un camp de prisonniers, une denrée précieuse, extrêmement rare. On n’en vend pas à la cantine et, chaque mois, la ration diminue un peu plus. Elle n’est plus, à présent, qu’un petit morceau pour toute la journée. C’est un pain noir, compact, humide et pâteux, produit d’une chimie sournoise et compliquée, au goût aigre et sur, aux croûtes si dures qu’on s’y casse les dents. Et pourtant, il faut voir avec quel soin, avec quel respect on se partage ça… Il y a des baraques où l’on a fabriqué des balances, afin que chacun ait sa part à un gramme près ; dans d’autres, le hasard seul est maître, et les parts une fois faites, chaque homme prend un numéro. C’est une loterie ; celui qui gagne ainsi un morceau un peu plus gros que les autres est farouchement envié. » Extrait de l’ouvrage « La Vie de nos prisonniers », par M. A. Warnod, ancien prisonnier de guerre.

Porteuse de pain au camp d’Erfurt (Saxe), 1917

Chargement de pain, à  Berne, dans les wagons allemands.

En avril 1915, les premiers colis sont envoyés par  la Croix-Rouge et par différentes œuvres (Pain Quotidien, Pain des Prisonniers…), par les régiments d’appartenance ou encore les familles. L’examen des colis à leur arrivée par les autorités des camps est un moyen de pression et de vengeance et donne souvent lieu à des scènes de gâchis :

« À la kommandantur tout a été fouillé : les boîtes de conserve ont toutes été percées ou ouvertes, le chocolat brisé en petits morceaux, les saucissons, coupés dans leur longueur […] j’ai vu mélanger dans la même gamelle, ou dans le même récipient, viande, poisson, légumes, pruneaux, biscuits, pâtes, confiture […] Quel lamentable gâchis, c’est un crime de lèse-humanité. […] Notre indignation se lit dans nos yeux, ces fils de chiens, de loups plutôt, en ricanent de joie. » (Charles Gueugnier, Carnets de captivité)

Carte postale pieuse « Je vais faire pleuvoir pour vous des pains du hauts du Ciel »

Après l’armistice, 520 000 prisonniers français doivent être rapatriés. La Croix-Rouge participe aux opérations, mais nombreux sont ceux qui quittent l’Allemagne par leurs propres moyens, à pied, en charrette, en automobile, en train. À la mi-janvier 1919, tous les prisonniers français sont rentrés au pays.

Accusé de réception de pain, renvoyé par un prisonnier français

 

Laurent Bourcier, Picard la Fidélité, C.P.R.F.A.D.

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